Les tourbières : définitions et enjeux écologiques

Les milieux humides en général et les tourbières en particulier sont des écosystèmes importants. Au Canada, les tourbières couvrent environ 1,13 million km2, soit entre 11 et 17 % du territoire. Au Québec, 116 000 km2 sont couverts de tourbières soit environ 8 % de la superficie de la province. La très grande majorité des tourbières québécoises se trouve dans le Nord-du-Québec.

Dans cet article, nous vous présentons une définition des tourbières, ainsi que les différents types de tourbières présentes au Québec, les fonctions écologiques livrées par celles-ci, la végétation et la faune y vivant et les méthodes de restauration de ces milieux.

Qu’est-ce qu’une tourbière ?

Selon le guide Identification et délimitation des milieux humides du Québec méridional du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), une tourbière est caractérisée par une accumulation importante de tourbe due à une production de matière organique plus importante que sa décomposition.

En effet, la décomposition de la matière organique est ralentie par l’acidité et la faible température du sol. Cette tourbe forme un sol organique généralement assez profond. De plus, le sol des tourbières est souvent mal ou très mal drainé et la nappe d’eau souterraine est présente à la surface du sol ou très près de celle-ci.

Les conditions extrêmes des tourbières ont créé des milieux uniques où seules les espèces adaptées peuvent survivre.

Les types de tourbières présentes au Québec


Tourbière ombrotrophe


Plan d'eau dans une tourbière ombrotrophe (bog)
Licence : The Cosmonaut, CC BY-SA 2.5 CA via Wikimedia Commons, redimensionnée.

Les tourbières ombrotrophes (aussi appelées bog) reçoivent leur eau principalement des précipitations, ce qui mène à un faible apport de minéraux dans le milieu. La végétation doit donc être plus adaptée à un milieu acide et pauvre en nutriments. Les espèces les plus présentes sont l’épinette noire, plusieurs espèces d’éricacées et des sphaignes de milieux pauvres. La biodiversité dans les bogs est généralement assez faible.

Tourbière minérotrophe


Un boisé établi sur une tourbière minérotrophe (fen)
Licence : Melinaguene, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons, redimensionnée

L’approvisionnement en eau des tourbières minérotrophes (aussi appelées fen) provient principalement des eaux de circulation, qui sont enrichies en minéraux lors de leur passage dans d’autres milieux plus riches avant d’atteindre les tourbières minérotrophes. La végétation est donc constituée d’espèces de milieux plus riches, comme le Myrica gale pour les arbustes et les Carex pour les herbacées. La biodiversité dans les fens est généralement élevée.

Selon le guide du MELCC, une tourbière peut aussi être ouverte (non boisée) ou boisée. Une tourbière boisée est caractérisée par un couvert d’au moins 25 % d’arbres de plus de 4 m.

Les principales fonctions écologiques des tourbières

Les tourbières ont longtemps été considérées comme des milieux pauvres et nuisant au développement urbain et agricole, mais des études récentes ont permis de mieux comprendre leurs fonctions et leur importance.

Les fonctions écologiques des tourbières sont :

  • La captation du carbone
  • La filtration de l’eau
  • La rétention de l’eau pour éviter les grandes variations du niveau d’eau dans les cours d’eau
  • L’augmentation de la biodiversité de la région.

La fonction écologique la plus importante fournie par les tourbières est la captation du carbone. En effet, la tourbe emprisonnée dans le sol est constituée de carbone et elle peut donc séquestrer ce carbone pour plusieurs milliers d’années.

Le carbone retenu dans le sol des tourbières constitue le tiers du carbone contenu dans le sol de la planète. Puisque le carbone est une partie importante des gaz à effet de serre, les tourbières contribuent énormément à la lutte aux changements climatiques grâce à leur pouvoir de séquestration du carbone.

Les espèces emblématiques des tourbières


La flore des tourbières québécoises


Plantes carnivores

Les tourbières sont souvent tellement pauvres en nutriments que les plantes doivent utiliser d’autres méthodes pour subvenir à leurs besoins : la consommation d’insectes.

La capture peut être de manière passive, l’insecte tombe dans le piège de la plante carnivore sans que celle-ci n’ait besoin de bouger, comme pour la droséra à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) et la sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea).

La capture peut aussi être de manière active, comme dans le cas de l’utriculaire vulgaire (Utricularia vulgaris) qui utilise ses feuilles, en forme de sacs, submergées dans l’eau comme des pièges.

Autres espèces végétales


La faune des tourbières québécoises


Les tourbières et les changements climatiques

Les changements climatiques peuvent être nuisibles pour les tourbières puisqu’ils mènent à une augmentation de la température et de l’évaporation de l’eau contenue dans les tourbières. Ces changements favorisent la hausse de l’activité microbienne, ce qui entraîne une plus importante décomposition de la tourbe.

Le carbone séquestré dans cette tourbe est alors libéré et se retrouve dans l’atmosphère sous forme de gaz carbonique (CO2), ce qui promeut davantage l’effet de serre et les changements climatiques. Bref, non seulement les tourbières sont un atout important contre les changements climatiques, mais il est essentiel de les protéger contre ceux-ci pour empêcher leur accélération !

Exploitation industrielle des tourbières


Une vaste étendue de tourbière dénudée
Extraction industrielle de tourbe

La tourbe possède de nombreuses utilisations en agriculture, en construction et comme combustible. Elle est donc récoltée dans les tourbières pour servir à ces usages.

Pour ce faire, les tourbières doivent être drainées, ce qui mène à la reprise de la décomposition de la matière organique. Le carbone emmagasiné est donc libéré dans l’atmosphère. De plus, cette exploitation de la tourbe détruit les tourbières de manière permanente si les précautions nécessaires ne sont pas mises en place, comme cela a été longtemps le cas.

Heureusement, il existe maintenant une méthode efficace pour restaurer les tourbières exploitées.

La conservation et la restauration des tourbières au Québec

Pour restaurer une tourbière après son exploitation, il est d’abord nécessaire de laisser une couche de matière organique pour permettre la reprise des plantes. Il faut ensuite bloquer les canaux de drainage et réimplanter les espèces végétales présentes avant l’exploitation. Un suivi de la végétation est pertinent pour évaluer l’efficacité de la restauration.

Il est toutefois généralement plus efficace de protéger les tourbières naturelles grâce à des efforts de conservation.

Pour en savoir davantage sur d’autres types de milieux humides québécois, consultez, Les milieux humides : des écosystèmes à protéger.

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Références :